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Entretien avec Yoanna Rigotto, Disciple du Christ… jusque dans ma poubelle

Virginie Lutete
  • Virginie Lutete
  • 31 Janvier 2024
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1. Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Yoanna Rigotto, je suis mariée et mère de deux enfants. J’habite près de Castres dans le Tarn, à la campagne. Je travaille pour l’association A Rocha où je suis coordinatrice du réseau ambassadeurs.

2. Pourquoi avoir écrit un ouvrage sur l’écologie ?

Il y a environ quatre ou cinq ans dans ma famille, on a commencé à mettre en place des changements dans notre mode de vie pour vivre de manière plus écologique. À un moment, je me suis posé la question sur le lien entre ces changements et ma foi chrétienne. J’ai commencé à remarquer des points de contact entre aimer Dieu, aimer son prochain et prendre soin de la création. J’ai eu envie de mettre par écrit ces liens et faire ressortir l’aspect pratique qui n’était pas forcément développé dans les autres livres chrétiens sur ce sujet.

3. Pourquoi dire que le problème écologique est le péché et ses conséquences sur la création ?

Je vois deux raisons principales à l’entrée du péché dans le monde et ses conséquences écologiques. La première c’est le dérèglement de toutes les dimensions humaines (spirituelle, physique, intellectuelle et sociale) et du coup, les activités humaines ont maintenant une forte tendance à être influencées par ce dérèglement : orgueil, insatisfaction, cupidité. Nos activités ont ainsi toujours plus de conséquences sur notre prochain et sur la création. La deuxième raison c’est que la création aussi subit la malédiction divine. Ainsi Romains 8.20 : « Car la création tout entière a été réduite à une condition bien dérisoire ; cela ne s’est pas produit de son gré, mais à cause de celui qui l’y a soumise » et Genèse 3, où on voit que la création produit maintenant des ronces et donne plus de travail à l’homme. Visiblement la création ne fonctionne pas comme elle aurait dû fonctionner, et les humains se retrouvent dans une relation complexe avec elle, en plus d’une relation brisée avec leur prochain.

4. Comment se manifeste la souffrance de la création ?

Il y a beaucoup de souffrances et je ne peux pas en faire un tableau exhaustif, mais je vais citer les principaux éléments. D’abord l’effondrement de la biodiversité. Les scientifiques parlent de la sixième extinction de masse. Concernant la biomasse des mammifères sauvages, elle aurait chuté de 80 % depuis la préhistoire, et aujourd’hui il ne resterait que 4 % des mammifères qui vivraient à l’état sauvage. Quasiment tout le reste est pour l’élevage afin de répondre à nos besoins. Aujourd’hui, une espèce, animale ou végétale, sur huit est menacée d’extinction. Ce qui représente en tout un million d’espèces menacées.

Un deuxième élément de la souffrance de la création est le réchauffement climatique qui est lié aux activités humaines et qui a des conséquences sur la biodiversité. Les différentes espèces sont obligées de s’adapter pour survivre, sinon elles disparaissent. Certaines espèces se déplacent et certaines espèces invasives qui n’étaient pas dans certains milieux s’y retrouvent et déséquilibrent l’écosystème présent. Avec le réchauffement climatique, la production de nourriture devient plus difficile et entraîne souvent la destruction de lieux de vie sauvage.

Un autre effet des souffrances de la création va être la pollution de l’eau, de l’air et de la terre. Prenons l’exemple du plastique qui se retrouve dans les océans. On parle souvent à ce propos d’un sixième continent dans l’océan Pacifique. Les sols s’appauvrissent, ce qui entraîne le déclin de la biodiversité. On peut aussi évoquer les impacts de la pollution de l’air sur la santé de l’ensemble des êtres vivants.

Un quatrième va être l’épuisement des ressources, comme le pétrole et le charbon qui ne sont pas renouvelables. Comme ils s’épuisent, mais qu’on en veut toujours plus, il faut aller les chercher de plus en plus loin dans les entrailles de la terre et leur exploitation se fait de manière de plus en plus polluante.

5. Comment ne pas tomber dans la climato-anxiété ?

Le tableau que je viens de dresser pourrait, en effet, nous y pousser. La situation est grave, mais en tant que chrétien nous mettons notre espérance en Jésus. On sait que, si on n’arrive pas à résoudre le problème du réchauffement climatique, Jésus est là. On attend qu’il renouvelle la création ; peut-être qu’on va traverser des épreuves, connaître un effondrement ou une révolution dans nos modes de vie, mais Jésus est là pour nous donner le courage et la persévérance dans les épreuves. Pour moi, c’est notre grande force pour nous, chrétiens, qui nous permet de lutter contre la climato-anxiété.

6. En quoi être disciple de Christ fait de nous des chrétiens écolos ?

Normalement si on est disciple du Christ, on est concentré sur notre mission d’être sel et lumière dans le monde, sur Dieu, sur notre prochain plutôt que sur notre consommation et l’appât des richesses. La Bible nous invite à vivre simplement et à prendre position contre le péché. Il y a donc cet appel à la sainteté qui devrait faire de chaque chrétien un écolo, même sans forcément en avoir conscience. Suivre Christ, c’est accepter qu’il regarde chaque aspect de notre vie et qu’il le remette en question : notre penderie, l’usage qu’on fait des écrans, jusqu’au contenu de notre poubelle.

7. Qu’est-ce qui vous émerveille le plus dans la création ?

Il y a beaucoup de choses, mais d’abord la diversité dans les créatures créées par Dieu, jusque dans l’infiniment petit. Il y a encore tellement de choses qu’on ne connaît pas et je trouve merveilleux qu’il y ait autant de diversité et de créativité de la part de Dieu. Je suis en admiration devant l’intelligence qui a créé la matière, toutes les couleurs et les formes de vie, le corps humain.

Ce qui m’émerveille aussi, ce sont les bienfaits que procure le contact avec la création. Admirer un beau paysage, un coucher de soleil, les nuages qui ont des formes différentes chaque jour donnent un nouveau ciel. Tout cela me donne envie de dire merci au Créateur.

8. Pouvez-vous définir ce qu’on appelle le « mandat créationnel » ?

Ce sont les commandements donnés par Dieu aux hommes. On les trouve en Genèse 1 et 2. Dieu demande à l’homme d’être son représentant sur terre. Il est mandaté pour prendre soin de la création. On peut les citer en trois points :

  • Peupler la terre et la dominer. C’est une forme d’autorité empreinte d’amour à l’image du Créateur qui a dominé le chaos pour donner naissance à la création. Cette domination empreinte d’amour exclut donc toute idée d’exploitation démesurée et égoïste.
  • La cultiver et la garder. On pense à cultiver la terre ; par extension, c’est aussi le travail et la culture au sens large : les sciences, les arts, etc.
  • Nommer tout être vivant.

9. En quoi ma relation avec le Créateur a un effet sur ma relation avec la création (faune et flore) ?

Ma relation avec le Créateur me rappelle que tout ce que j’ai et que tout ce avec quoi j’interagis me vient de lui. Ça me rappelle que c’est un Dieu d’amour qui nous a placés sur terre comme ses représentants et ça me donne envie de prendre soin et de protéger ce qu’il a créé. Inversement, quand je suis dans la nature et que j’admire toutes ces belles choses qui m’entourent, elles me rappellent le Créateur et me donnent envie de le louer.

10. Qu’est-ce que change votre/notre espérance en Jésus-Christ ?

Mon espérance en Jésus-Christ me rassure parce qu’on voit bien que les humains sont incapables, à cause du péché, de régler la crise écologique. Ils sont aux prises avec des incohérences politiques, financières, etc. Il est très difficile, voire impossible, de se défaire par ses propres forces de l’orgueil et de l’appât des richesses. Jésus peut régler les problèmes écologiques et il le fera de manière parfaite. C’est un encouragement pour traverser les épreuves qui se présentent et se présenteront devant nous. En attendant que Jésus revienne et restaure la création, ce que je fais je veux le faire pour la gloire de Dieu et avec son aide.

11. Quelle est la différence entre avoir un comportement écologique pour la gloire de Dieu et le faire pour sauver la création ?

Sauver la création est impossible à cause de notre péché qui, malgré l’intelligence que Dieu nous a donnée, nous en rend incapables. Cette incapacité peut nous conduire au désespoir si on veut agir par nous-mêmes. Quand on fait nos actions écologiques pour la gloire de Dieu, c’est rassurant car on sait qu’il contrôle l’issue et qu’elle sera parfaite. J’aimerais encourager les gens à remettre à Dieu notre transition écologique et nos faiblesses. Il faut accepter notre incapacité à faire les choses parfaitement, sans tomber dans la culpabilité qui nous détournerait du fait de placer Christ au centre de nos vies.

12. Expliquez-nous la règle des 5R

C’est une démarche qui a pour but de réduire les déchets, le gaspillage en général et notre consommation. Il existe plusieurs déclinaisons de la règle des 5R. Moi, je retiens celles-ci :

  • Refuser d’accepter l’entrée dans nos maisons et dans nos vies d’objets à durée de vie courte. Je pense, par exemple, aux goodies et objets promotionnels, mais aussi aux emballages inutiles.
  • Réduire notre consommation d’objets et repenser nos besoins.
  • Réutiliser pour augmenter la durée de vie des objets. Cela inclut la réparation si c’est cassé ou en panne. On peut aussi transformer un objet qui ne remplit plus sa fonction première et lui donner une seconde vie.
  • Rendre à la terre, c’est-à-dire faire du compost avec ce qui est compostable. Ce qui n’est pas compostable, on peut essayer de le recycler.
  • Recycler en sachant que le recyclage a aussi ses limites et que toutes les matières ne sont pas recyclables.

13. N’est-ce pas là une forme de légalisme ?

Effectivement il y a le mot « règle » et ça peut faire penser à du légalisme, mais je vois ces 5R plutôt comme des repères qui peuvent nous guider pour la réduction des déchets et dans notre lutte contre la surconsommation. Par exemple, les deux premiers R (refuser et réduire) sont des appels à repenser nos besoins créés par les publicitaires. Il s’agit d’une démarche progressive et il ne faut pas croire qu’on va y arriver du jour au lendemain. Et j’ajouterais qu’il est impossible de suivre parfaitement les 5R, et c’est important de le savoir pour ne pas se décourager. C’est important de remettre notre démarche à Dieu et de se rappeler sa grâce.

14. Comment retrouver la simplicité de vie dans notre société de consommation ?

Premièrement, il faut placer Christ au centre. Ça implique de se désolidariser de la société de consommation, apprendre à refuser la publicité, changer de regard sur nos besoins matériels et les simplifier. On peut aussi voir ça positivement, mutualiser et partager certains outils. On peut aussi bénir notre prochain qui est dans le besoin en donnant des objets et surtout les vêtements qu’on peut donner plutôt que de les revendre sur Vinted. Dans certains cas ça impliquera de repenser son emploi du temps, ses activités, et même son métier, si c’est nécessaire et possible.

En résumé, je dirais qu’en premier lieu, il faut être en relation avec Christ, c’est la relation la plus écologique qui soit. Ensuite, il faut être en relation avec son prochain, renouer les liens familiaux, les liens dans l’Église, le lien avec d’autres personnes. Pourquoi pas au lieu de perdre son temps dans les magasins, ne pas le donner en devenant bénévole dans des associations qui aident les autres ?

15. En quoi être écolo répond au commandement d’aimer son prochain ?

Nos modes de vie dans les pays riches ont des impacts écologiques qui touchent les plus fragiles en premier. Si on prend l’exemple du dérèglement climatique, les plus pauvres en souffrent de manière disproportionnée alors qu’ils en sont les moins responsables. Les conséquences sont que ces personnes perdent leurs terres, ou leur logement, à cause de la montée des eaux, ils ont de mauvaises récoltes à cause des sécheresses. Ils subissent aussi directement les effets de la chaleur sur leur santé. Tout cela on le trouve déjà en France dans les logements les moins bien isolés.

Un autre exemple de ce lien entre écologie et justice sociale, est notre consommation de vêtements à bas prix. Ces vêtements sont principalement produits au Bangladesh où, à titre d’information, un ouvrier reçoit un salaire mensuel de 95 dollars, alors qu’il faut 404 dollars pour subvenir aux besoins de base d’un foyer. En plus de cela, ils ont des conditions de travail avec des horaires étendus et une protection sociale quasi inexistante. Avec les teintures et les traitements, ils sont aussi exposés à une forte dose de produits chimiques, ce qui a un mauvais impact sur leur santé. Si j’aime mon prochain, je ne peux pas continuer à participer à une société de surconsommation qui repose sur l’exploitation de ce prochain, et qui contribue au réchauffement climatique et à ses effets.

16. Comment trouver le courage de persévérer ?

En priant. C’est la première chose à faire en tant que chrétien et c’est à la portée de tout le monde. On peut aussi puiser nos ressources dans la Parole de Dieu et la communion fraternelle, c’est notre socle de chrétiens. Ce qui peut aider, c’est de se renseigner pour se motiver à agir. Pour cela on doit user de notre créativité pour nous stimuler aussi avec d’autres personnes, et s’entraider. Regarder les aspects joyeux de ces changements (cuisiner maison, réparer – on est fier d’avoir réussi –, les bienfaits pour la santé, le plaisir de redécouvrir des activités dans la nature, les liens sociaux, etc.).

17. Le chrétien doit-il aussi être écolo dans l’Église ? L’Église devrait-elle être écolo ?

Oui. En conséquence, l’Église le sera aussi, car elle est le rassemblement des chrétiens ; le soutien de la communauté (Hébreux 10.24) est important pour s’encourager à porter du fruit, à être sel et lumière. L’écologie ne doit pas juste être une activité de plus pour l’Église. Il faut avoir un témoignage cohérent quant au commandement d’amour. En pratique, ce n’est pas forcément évident, mais l’Église peut se mettre en mouvement et témoigner d’un intérêt pour les questions d’écologie.

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